Le traitement de la question du Sahara au sein de la IV Commission des Nations Unies

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Ces dernières années, il y a eu une certaine objection par rapport à la problématique du Sahara et si celle-ci doit faire partie de l’agenda de la IV Commission – Commission Politique Spéciale et de Décolonisation —  des Nations Unies, tout en considérant que, depuis 1988, le Conseil de Sécurité s’occupe du différend et par conséquent, il ne correspond pas à l’Assemblée Générale de faire des recommandations à moins que le Conseil de Sécurité les sollicite. Une panoplie d’experts et de diplomates ont confirmé par la suite qu’il ne s’agit pas seulement du non respect de la Charte des Nations Unies mais aussi du maniement de ladite question au sein de la IV Commission, ce dernier porte atteinte donc à la crédibilité de l’Organisation et à son rôle de médiateur pour ce qui relève de la résolution du différend.

Entre le 3 et le 6 octobre (2017), des analystes, journalistes, activistes, académiciens, experts, représentants politiques et citoyens ont présenté leurs interventions auprès de la IV Commission des Nations Unies en abordant la question du Sahara depuis de perspectives différentes.  La IV Commission a été présidée par le représentant de Venezuela, Raphael Ramírez Carreño.

Le rôle des Nations Unies dans la question du Sahara

Richard Vargas, exilé vénézuélien en Argentine et directeur de l’ONG Observatoire de la Démocratie, fait allusion au rôle facilitateur joué par les Nations Unies pour ce qui est de la résolution de conflits. Vargas a également observé que l’Organisation doit favoriser un certain type de négociation ‘’civilisée et réaliste ‘’ entre les parties impliquées dans le différend relatif au Sahara, tout en évitant toute inclination envers une position déterminée et, dans ce sens, l’ONU ne doit guère servir de tribune à des groupes totalitaires ni à des gouvernements dictatoriaux qui insistent à raviver le conflit: « il est absurde que la problématique du Sahara se maintienne dans l’agenda de cette Commission pour la décolonisation au moment où le Sahara ne présente aucune caractéristique montrant qu’il est identifié en tant que région colonisée. Il correspond donc exclusivement au Conseil de Sécurité le maniement de la résolution de ce différend comme le stipule l’article 12.1: « Pendant que le Conseil de Sécurité exerce les fonctions relatives à un litige ou à situation données, confiées par la Charte, l’Assemblée Générale ne doit faire aucune recommandation, à moins qu’elle soit sollicitée par le Conseil de Sécurité », a précisé Vargas.

Des droits historiques du Maroc sur le Sahara Occidental

L’académicien André Grimblatt a présenté une contextualisation historique du conflit, tout en mettant l’accent sur sa durabilité et a souligné ainsi que la persistance de cette situation est une contradiction au droit historique et légitime du Maroc sur son territoire. L’académicien français a fait remarquer qu’avant la colonisation et l’instauration du protectorat, le Sahara était placé sous la souveraineté du Maroc. Grimblatt a repris les dates-clé qui ont donné lieu à la récupération du territoire de la part du Maroc, chose qui a rendu très propice la sortie définitive de l’Espagne du Sahara, il n’a pas raté l’occasion de décrire par la suite l’ingérence algérienne constituant un facteur déterminant pour favoriser l’installation du conflit: «  il est évident que l’Algérie aspirait à avoir une issue sur la mer et un port sur l’Atlantique ».Le professeur a souligné qu’après quatre décennies, on n’est  pas encore parvenu à trouver une solution et consensus au différend malgré les multiples appels lancés par le Conseil de Sécurité afin de travailler en ce sens, dans la mesure où un règlement durable et définitif ne puisse être proposé que dans le cadre d’une négociation. Grimblatt a relevé que la viabilité du projet de l’autonomie proposé par le Royaume du Maroc (2007) pour sortir de l’impasse dans laquelle se trouve la question du Sahara et a insisté que cette proposition a été favorablement saluée par un grand nombre de pays que la considèrent juste et réaliste.

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Clara Riveros, analyste politique et Directrice de CPLATAM ; Ahmed Lakhrif, Sahraoui, sénateur marocain pour l’Istiqlal.

La représentation politique au Sahara Occidental

En ce qui concerne la représentation politique au Sahara Occidental, Clara Riveros a précisé que la stagnation de la question du Sahara au sein des Nations Unies ne signifie pas l’impasse de la situation du Sahara. L’analyste colombienne a noté que le taux de participation politique au Sahara durant les élections législatives de 2016 fut l’un des plus élevés parmi les régions du Maroc, situation qui s’est déjà produite lors de la convocation au  référendum pour l’adoption de la constitution de 2011. « Le peuple choisit démocratiquement à ses représentants par le biais d’un suffrage universel direct pour des postes de responsabilité. Les habitants votent à faveur de leurs autorités pour l’administration et la gestion des ressources au niveau de la municipalité, province ou région. Sur le plan législatif, le parlement national qui se compose de deux chambres, compte bien évidemment sur la participation de représentants sahraouis. Ces derniers ont également exercé des missions au niveau de la fonction publique dans d’autres instances, comme des ministères ou secrétariats d’Etat ».

Riveros a consulté d’avance des anciens membres du Front Polisario qui ont retourné au Maroc et ont été également marqués par leur présence et participation politique, ils étaient presque 3150 sahraouis à occuper des postes de représentation politique au niveau des 3 régions administratives du Sahara grâce notamment aux procédures électorales. « Situation qui contraste avec celle de la structure totalitaire à laquelle ils étaient attachés et qu’ils reconnaissent par la suite qu’elle semble incompatible avec la démocratie, la liberté et les droits humains », a précisé la politologue. « Au Maroc, la concurrence politique se fait par les différents groupes politiques à des conditions équitables, en ajoutant que la participation politique des sahraouis est garantie tout comme celle des autres citoyens marocains, sans faire aucunement de distinction par rapport aux régions du royaume, ni filiation ni parti politique » Riveros a conclu son intervention en remettant en question la crédibilité de la supposée représentation qui s’arroge le Front Polisario: « on ignore que la partie écrasante des sahraouis échappent à leur contrôle et que plus de 90% du peuple sahraoui vit avec les obligations et droits constitutionnels du Royaume du Maroc ».

De sa part, le parlementaire marocain, Ahmed Lakhrif, Sahraoui et ancien secrétaire d’Etat chargé des Affaires Etrangères, a décrit sa trajectoire politique au niveau local, régional et national. Il est également membre du CORCAS –Conseil Royal Consultatif des Affaires Sahariennes— comme il représente le Maroc – pays observateur— au PARLACEN – Parlement Centraméricain–. Le sénateur avait parlé en tant que représentant légitime des sahraouis – Légitimité qui lui a conférée le fait d’être choisi démocratiquement par le peuple sahraoui – et a réfuté le Front Polisario: « Comment il se peut que lesdits dirigeants du Polisario prétende parler au nom du peuple sahraoui pendant que ce dernier ne l’a jamais choisi ? La plupart des sahraouis vivent dans les Provinces du Sud du Royaume. Le Polisario ne me représente pas ni représente les sahraouis qui vivent dans les camps de Tindouf au sud-ouest de l’Algérie et qui reviennent chaque jour à leur mère patrie le Maroc, tout en fuyant des camps de Tindouf après avoir supporté des années de souffrance dans des conditions lamentablement dramatiques ». Pour Lakhrif, comme sahraoui et représentant politique des sahraoui, la solution au différend du Sahara consiste à accorder au Sahara une large autonomie sous souveraineté marocaine.

Une question sécuritaire

L’analyste de sécurité et co-directeur du think tank espagnol, International Security Observatory, José Maria Gil,  a souligné la pertinence relative à la question sécuritaire au moment d’aborder les défis posés par la problématique non résolue du Sahara. « Les parties concernées du différend cherchent une solution. Une réflexion sur la question sécuritaire peut aider à trouver des espaces communs afin de résoudre ce litige artificiel qu’il ne faut surtout pas prolonger dans le temps ».

Gil a découvert l’intense activité djihadiste dans la zone sahélo-saharienne instable, où le Front Polisario s’est montré poreux aux activités liées au terrorisme djihadiste international. L’expert s’est attardé sur les méthodes terroristes du courant de la pensée tafkir-djihadiste qui ont été utilisées au Sahara Occidental tout au long des révoltes de Gdeim Izik « où 12 serviteurs du royaume ont été assassinés d’une forme abjecte – 11 policiers— et un membre de protection civile. Quelques uns ont été égorgés et leurs cadavres ont été profanés». Gil s’est montré angoissé face au scénario visé par des sympathisants et militants du Front Polisario qui ont exaltés ces actions durant les sessions de la IV Commission, en considérant également la viabilité de retourner au conflit armé pour atteindre leurs buts. Une situation qui serait saisis immédiatement par le terrorisme djihadiste qui opère dans cette même zone. «La menace du Polisario consistant à reprendre les armes  se considère comme étant une scène tant souhaitée par le terrorisme international qui s’est établi au niveau de la zone sahélo-saharienne ».

La réalité économique du Sahara

Pablo Zardini a analysé l’instrumentalisation discursive que le Front Polisario exerce sur l’utilisation des ressources naturelles du Sahara Occidental en s’abstenant délibérément du fait que c’est la propre population du Sahara qui doit bénéficier de cela. Pour Zardini, l’objectif du Front Polisario est d’empêcher l’instauration d’une solution politique définitive du différend en se basant sur des stratégies discursives qui ne font que désinformer et par conséquent, induisent en erreur l’opinion publique. « Le Royaume du Maroc, en tant qu’Etat pleinement souverain sur sa richesse, n’a pas que le droit de défendre et gérer ses ressources naturelles mais aussi il se trouve dans l’obligation d’adopter une stratégie économique et une politique de prospection, de provisionnement et de disposition desdites ressources conformément aux intérêts du développement national et du bien être de son peuple, à savoir; le peuple marocain dans son ensemble ».

Le licencié argentin a précisé que le Maroc, au lendemain de la récupération de son territoire, a pu orienter sa politique vers le développement de la région pour lui fournir les services et de infrastructures basics (électricité, l’accès à l’eau potable, éducation et santé publique). « De chaque dollars provenant du Sahara, le Maroc investit 7 dollars. En 2015 seulement, le Maroc a dédié plus que 8000 millions de dollars au financement de nouveaux projets de développement pour les Provinces du Sud dont l’objectif est de créer 120.000 offres d’emplois, construire une centaine de kilomètres d’autoroute, produire des fertilisants, créer de nouveaux projets relatifs au dessalement des eaux de la mer, valoriser l’activité agricole, la pisciculture et les produits issus de la mer ». Zardini a conclus son exposé en soulignant que pendant que le Maroc s’est engagé sur la voie du développement économique de la région du Sahara, le Polisario a entravé la solution politique du différend en détournant l’attention sur la ‘’véritable exploitation’’: « celle de la souffrance et de la misère d’une population enlevée à Tindouf et soumise à des conditions de vie inhumaines ».

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Anna Maria Stame, activiste italienne, membre de la Commission des Droits de l’Homme de l’Internationale Démocrate-Chrétienne.

Des irrégularités et violation des droits de l’Homme au sein des camps de réfugiés à Tindouf (Algérie)

Le détournement des aides humanitaires fait aussi partie des sujets traités lors des sessions de la IV Commission. Le journaliste argentin et expert en sécurité et relations internationales, Daniel Romero, a repris les différents rapports des organismes internationaux et ONG qui ont fait le point de la situation. Romero estime qu’aussi bien le Front Polisario que les autorités algériennes se sont refusés à permettre la réalisation d’un recensement du peuple sahraoui refugié dans les camps de Tindouf. Romero a expliqué que ce refus est alimenté par la motivation des dirigeants du Polisario grâce aux profits illicites qu’ils obtiennent lorsqu’ils surestiment le nombre de réfugies et détournent systématiquement l’aide humanitaire provenant de la communauté internationale. « Tout comme il est bien reconnu dans la pratique humanitaire, l’absence d’un recensement de refugiés crée un décalage entre le vrai numéro du peuple et le numéro estimé par les organisations internationales, ce qui fait que l’ajustement de l’aide devienne une mission impossible et contribue au soutien de toutes sortes de trafics, au détournement d’aide humanitaire, surtout lorsque l’ACNUR ne dispose d’aucune représentation permanente au sein du pays hôte, comme c’est le cas pour les camps de Tindouf ». L’aide humanitaire est par la suite vendue sur les marchés subsahariens pour que ses revenus soient destinés aussi bien à l’achat d’armement comme à l’achat des biens immobiliers en Espagne au nom des dirigeants du Polisario et au détriment des réfugies qui souffrent des conditions défavorables dans ses camps, a observé le journaliste.

L’activiste italienne, Anna Maria Stame, a documenté l’enlèvement de la sahraoui, citoyenne espagnole, Maloma Morales, qui a été enlevée, il y a 20 mois, dans les camps de Tindouf. Stame a décrit la situation dramatique de la jeune de 23 ans qu’avant quelques semaines, elle aurait tenté de se suicider devant l’impossibilité d’abandonner ce territoire et retourner en Espagne en compagnie de sa famille adoptive. L’activiste a dénoncé devant la IV Commission que dans le territoire en question, 150 femmes se trouvent actuellement dans la même situation. « C’est ainsi que le Front Polisario et ses protecteurs (en faisant allusion à l’Algérie) appliquent la liberté de circulation et respectent les droits humains », a affirmé Stame.

Enfin, il convient de faire la lumière sur l’intervention de Juan Carlos Moraga, ancien prisonnier politique sous la dictature de Pinochet et activiste des droits humains, c’est bien lui qui a repris les rapports de Human Rights Watch pour dénoncer devant la IV Commission les violations des droits humains fondamentaux  qui ont eu lieu dans les camps de Tindouf. Dans son exposition, Moraga a évoqué les événements liés au racisme et à l’esclavagisme que les camps administratifs ont connu par le Front Polisario en plein XXIème siècle. Il a rendu compte de l’exclusion à laquelle se trouvent soumis ceux qui osent contester la suprématie et la conduction de ce mouvement. Moraga a aussi fait allusion à l’enlèvement des femmes des camps ainsi que les dénonces des leaders du Polisario pour les crimes contre l’humanité. L’activiste chilien a attiré l’attention sur la complicité qui encours les gouvernements sympathisants avec cette structure totalitaire et a déclaré que le Polisario ne respecte pas  la Constitution qui doit normalement tout régir ni encore lorsqu’il s’agit des droits et libertés individuelles, il n’existe non plus de possibilités pour la dissidence, la libre expression ou encore la libre circulation.

Moraga a remis en question la réaction du président de la IV Commission, Raphael Ramirez, d’avoir conféré un statut à une entité non reconnue comme Etat pour les Nations Unies. « On ne puisse conclure cette intervention sans exprimer notre surprise et protestation face au traitement d «ambassadeur» que le président de la IV Commission a octroyé à l’envoyé du Front Polisario. L’autoproclamée RASD n’a pas été reconnue par les Nations Unies. L’ONU devrait prendre note de la gravité de ce fait qui nous insulte, nous se trouvant ici dans cette salle en train de dénoncer les atteintes aux droits de l’Homme, et dont la responsabilité incombe au Front Polisario. Monsieur Ramirez viole les normes des Nations Unies et offense les Etats représentants dans cette Organisation », a conclut.

Traduction de : Sara Kassir

CPLATAM – Analyse Politique en Amérique Latine- Octobre, 2017

 

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